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Une dame de fer à la tête de la Lituanie
Entretien avec Dalia Grybauskaite

Dossier : "Femmes à l'Est"

Par Marielle VITUREAU*
Le 15/01/2010

Elue à la fonction suprême en mai 2009, Dalia Grybauskaite, ancienne Commissaire européenne au Budget, a pris ses fonctions le 12 juillet de la même année. Pour la toute première fois dans l’histoire de la Lituanie, une femme accède à la fonction suprême, et ce par le suffrage direct et universel.



 
La Lituanie est une république semi-parlementaire, mais le Président dispose de forts pouvoirs, en particulier dans le domaine de la politique étrangère et en matière d’initiative législative. Dès son arrivée au Palais présidentiel, la «dame de fer» balte, économiste de formation, a manifesté sa volonté d’être une chef de l’Etat active. Selon un récent sondage publié en novembre 2009, 50% des Lituaniens la considèrent comme la personne politique représentant le mieux leurs intérêts et 90% ont d’elle une opinion favorable. En 2009, elle a été consacrée «Femme de l’année 2009» lors du concours organisé par le magazine féminin Moteris.

Vous avez été récemment élue Présidente. Est-ce révélateur du fait que la société fait plus confiance aux femmes? Cela témoigne-t-il de changements, ce dont attesterait également l’élection récente d’Irena Degutiene au poste de présidente du Parlement?

Dalia Grybauskaite: Pour la toute première fois certainement, la Lituanie connaît la situation politique suivante: les postes de chef de l’Etat, de président du Parlement, de ministre de la Défense et de ministre des Finances sont occupés par des femmes. On me pose souvent la question de savoir pourquoi, en cette période difficile, on note une prééminence des femmes dans le monde politique lituanien. J’y réponds toujours avec humour: «Nous, les femmes, n’avons pas d’autre choix». Plus sérieusement, le phénomène est en effet nouveau dans la vie politique lituanienne. Dans une période marquée par les difficultés, il faut savoir prendre des décisions responsables, mais aussi rapides, et dont les effets ne se font pas sentir immédiatement. En période de crise, nous prenons tous plus ou moins des risques et ce sont les femmes qui, les premières, sont prêtes à se lancer.

Cependant, je ne voudrais pas faire un catalogue des avantages et désavantages de chaque sexe. C’est l’électeur qui choisit, parmi les hommes et les femmes politiques présents, celui ou celle qui a un véritable programme, un plan d’action et saura comment diriger l’Etat. Le plus important est de ne pas promettre que tout va changer en un clin d’œil, mais de travailler, prendre des décisions concrètes, ne pas avoir peur des responsabilités et convaincre les autres par son propre exemple. C’est avec un tel «acquis dans leurs bagages» que les femmes en Lituanie sont arrivées en politique!

De tels changements affectent également notre conception de la société. Une approche plus moderne et une manière de voir plus large sont en train de remplacer la répartition traditionnelle des rôles attribués à chaque sexe.

L’indépendance de la Lituanie, il y a 20 ans, a-t-elle permis aux femmes de participer plus activement à la vie politique et au destin du pays?

La restauration de l’indépendance de la Lituanie, il y a 20 ans, a offert une chance à absolument tous les citoyens lituaniens, les hommes comme les femmes, de participer à la vie du pays. Après cinquante ans d’occupation et un régime totalitaire, la Lituanie est devenue un état indépendant et démocratique. Ces changements ont eu une influence non seulement sur la participation à la vie politique, mais aussi sur les initiatives dans d’autres domaines: les affaires, les sciences, la culture… Les femmes, comme les hommes lituaniens, ont dû apprendre à ne pas avoir peur d’exprimer leur opinion, à trouver eux-mêmes des opportunités, à prendre des décisions et des initiatives et à ne pas attendre que quelqu’un décide pour eux.

La politique est-elle restée une sphère masculine en Lituanie? Les femmes ont-elles dû se battre plus longtemps pour y être reconnues?

Tant en Lituanie que dans les autres pays, les hommes sont traditionnellement plus actifs en politique. Cependant, je ne pourrais pas affirmer que les femmes ont eu plus de mal à se faire une place. La concurrence entre les hommes est également très grande. Seul le politicien guidé par de véritables valeurs, travaillant honnêtement et prenant ses responsabilités bénéficie de la reconnaissance et de la confiance des gens sur le long terme; qu’il soit homme ou femme!

Le fait d’être une femme vous permet-il de parler plus et d’accorder plus d’attention aux problèmes concernant les femmes?

J’aborde tous les problèmes de la société et je m'efforce d’attirer l’attention sur des questions que je juge importantes pour l’Etat en général. Evidemment, le fait d’être une femme me permet de mieux comprendre le rôle de la femme et les exigences professionnelles et sociales qui lui sont imposées.

Je me réjouis du fait que, depuis que la Lituanie est devenue un état indépendant et démocratique, notre société s’ouvre de plus en plus. Les gens voyagent plus, ils acquièrent plus de connaissances. Leur horizon s’élargit, leurs manières de voir se transforment. Les valeurs humaines contemporaines remplacent les représentations traditionnelles du rôle des sexes dans la société. C’est un processus long, mais je crois que la Lituanie deviendra peu à peu plus tolérante.

A votre avis, quelle est la situation des femmes en Lituanie? S’est-elle améliorée ou, au contraire, détériorée depuis l’époque soviétique? Les femmes sont-elles discriminées en raison de leur sexe, en particulier dans le monde du travail?

Si l’on compare avec la période soviétique, force est de reconnaître que de nombreux changements positifs se sont produits dans la société lituanienne. Evidement, cela a eu une influence sur la situation et les droits des femmes. Cependant, chaque cas est particulier. Il arrive que des femmes soient discriminées en cherchant du travail. Pour la même fonction, les mêmes responsabilités et les mêmes connaissances, leur salaire est moindre que celui de leurs collègues masculins. Evidemment, ces problèmes ne sont pas caractéristiques de la seule Lituanie… De nombreux pays européens les connaissent aussi. C’est d’ailleurs ce que prouvent les données publiées par la Commission européenne.

Toutefois, en Lituanie, de nombreuses femmes actives occupent de hautes fonctions, dirigent de grandes sociétés ou institutions, où la plupart des employés sont des hommes.

En décembre 2009, l’Institut pour l’égalité entre les hommes et les femmes[1], dernière née des agences de l’Union européenne, a ouvert ses portes à Vilnius. Ce qui signifie que la Lituanie est en train de devenir un centre européen en la matière, où vont se concentrer les efforts intellectuels des experts européens et mondiaux. L’Institut publiera des recommandations pour l’Union européenne tout entière, concernant le règlement des problèmes soulevés par l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

[1] http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=732&langId=fr

Portrait statistique des femmes en Lituanie
(Source: Département des statistiques près le gouvernement lituanien, 2009)

- Les femmes représentent 53% de la population lituanienne.
- Leur espérance de vie est de 77 ans, soit 11 ans de plus que celle des hommes.
- A la rentrée de l’année scolaire 2007/2008, 60% des étudiants étaient des étudiantes.
- 40% des dirigeants d’entreprises, d’organisations ou des hauts fonctionnaires sont des femmes.
- Toutefois, en moyenne, les salaires des femmes sont de 18% inférieurs à ceux de leurs collègues masculins.
- Le gouvernement actuel compte deux femmes ministres. Au Parlement, sur 141 députés, 28 sont des femmes et cette institution est dirigée par Irena Degutiene, depuis son élection le 17 septembre 2009.

*Journaliste indépendante dans les Etats baltes.

Source photo: Office de la présidence lituanienne.
 
 
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