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Le grand mouvement étudiant de Tbilissi, septembre 2012


Par Giorgi CHEISHVILI, Giorgi GOGUA (photographies) et Sophie TOURNON (texte)
Le 01/10/2012

Le 1er octobre 2012, les Géorgiens sont appelés à élire leur Parlement. La campagne, qui semblait sans surprise, a connu un rebondissement tel que pendant une semaine, les rues de la capitale ont été investies par des manifestations de plus en plus nombreuses, menées surtout par des étudiants en colère contre leur gouvernement. Il se peut que le parti présidentiel, majoritaire, en fasse les frais aux législatives. Reportage photographique.



 
Le 18 septembre 2012, la diffusion télévisée de vidéos scandaleuses sur des gardiens de prison violentant des prisonniers a choqué les Géorgiens. Le soir même, des étudiants de Tbilissi se sont rapidement organisés, grâce aux réseaux sociaux et à leur expérience de mobilisations dans le cadre de revendications universitaires. L’indignation a touché toute la classe politique géorgienne et jusqu’à la communauté internationale, attentive à l’actualité géorgienne en période pré-électorale.


1. Manifestation devant l’université d’État (G.Cheishvili, 19/09/2012).

Dès le 19 septembre, à l’université d’État de Tbilissi, les étudiants appellent à dénoncer la torture pratiquée en milieu carcéral et réclament la démission des responsables politiques. Leur mouvement de colère, devenu quotidien, est rapidement et massivement suivi par une population qui se sent concernée par la question des prisons. Le 19 et le 20 septembre, face à une foule qui compte des dizaines de milliers de manifestants, les ministres de la Défense et du Système pénitentiaire ont dû quitter leur fonction. Le 20 septembre, le Médiateur de la république Giorgi Toughouchi a été nommé ministre du Système pénitentiaire, avec pour mission de réformer cette administration «indigne de la démocratie géorgienne», selon le Président M.Saakachvili.


2. Manifestation devant l’université d’État (G.Cheishvili, 19/09/2012).

Alors que les législatives sont prévues le 1er octobre et que l’atmosphère politique est particulièrement tendue en Géorgie, les étudiants refusent de s’allier à aucun parti. Leur colère est dirigée non seulement contre l’injustice et l’opacité dans les prisons mais aussi contre le «système» et la «démocratie imparfaite» du Président. Ils réclament des réformes et des procès exemplaires des responsables. Censément apolitique, le mouvement, est nettement anti-gouvernement et, bien qu’important, souffre d’une absence de coordination.


3. Manifestation devant le Palais des services juridiques (G.Gogua, 24/09/2012).

La foule chaque jour grossissante occupe pacifiquement les rues et divers lieux stratégiques de la capitale: l’université d’État, le Palais de Justice, la place de la salle de concert philharmonique en centre-ville et le ministère de la Défense. Souvent des balais de paille se remarquent dans la foule ou aux balcons des immeubles, brandis en symboles accusateurs de la violence carcérale, en référence aux balais utilisés pour violer des prisonniers.


4. Manifestation devant la prison n°8 de Gldani, au cœur des vidéos publiées (G.Gogua, 20/09/2012).

«Où étiez-vous avant ?», lancent des prisonniers depuis leur cellule. Les rapports du Médiateur dénonçaient depuis deux ans des cas de tortures, l’arbitraire régnant dans les prisons et l’impunité des gardiens, sans réaction du pouvoir. Depuis les vidéos, les autorités ont rapidement procédé à l’arrestation de certains responsables des actes de violence et promis une réforme de fond du système carcéral, sur le modèle de la réforme réussie de la police géorgienne.


5. Manifestant au balai, symbole de la torture pratiquée en prison (G.Cheishvili, 20/09/2012).

Les marches étudiantes se sont toutefois affaiblies, suite notamment à l’appel du Patriarche le 21 septembre à rester calme, à l’arrestation temporaire de certains organisateurs et à la crainte de débordements violents. Finalement, certaines organisations proposent de changer de modus operandi: elles veulent poursuivre le mouvement sous la forme de concerts de rues pour éviter toute récupération politique, tout en fédérant les jeunes. Certains doutent en effet de l’impact réel des manifestations, trop spontanées et basées sur l’affect, à moyen ou long termes. D’autres y voient au contraire la confirmation d’une société civile réactive, flexible et fortement politisée, voire d’un contre-pouvoir moderne.


6. Défilé religieux, (G.Gogua, 27/09/2012).

Jeudi 27 septembre, le Patriarche Ilia II a invité les Géorgiens à participer à la sanctification de la capitale avant les élections. Des dizaines de milliers de croyants, icônes et bougies à la main, ont ainsi suivi les dignitaires religieux dans les rues jusqu’à l’église Metekhi. Cette procession, unique dans l’histoire de la ville, vient mettre un terme aux rassemblements civils. Les 28 puis 30 septembre, le Mouvement national Uni de M. Saakachvili puis le parti Rêve géorgien rassembleront successivement leur partisans une dernière fois avant les législatives.

Vignette: Manifestants étudiants, Tbilissi (G.Gogua, 19 septembre 2012)
 
 
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