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Perles de l'Adriatique: Vestiges de la Guerre froide sur les îles croates
Dossier: "Des lieux hors du monde: Les îles à l'Est "

Par Antonia DIKA*
Le 01/12/2014

Dans le contexte de la Guerre froide et du non-alignement du pays, l'Armée populaire yougoslave a construit sur les îles de l'Adriatique les plus éloignées du continent de nombreuses bases militaires pour se défendre contre une attaque potentielle de l'ennemi (l'Otan) venant de la mer.



 
Alors que les îles voisines et la région côtière se préparaient au tourisme international de masse à venir, des zones militaires de haute sécurité ont été formées sur ces îles dans le plus grand secret.

La disparition du Rideau de fer, la scission de la Yougoslavie et la guerre qui l'a suivie, les progrès de la technologie militaire et finalement l'adhésion de la Croatie à l'Otan ont rendu ces bases peu à peu inutiles. La plupart d'entre elles ont été abandonnées par l'armée dans les années 1990, dès la guerre de Yougoslavie, et leur fonction d'origine n'a jamais été utilisée. Elles sont aujourd'hui en général inoccupées et abandonnées à la destruction et à la ruine. Leur situation périphérique, loin des centres urbains, les distingue des zones de cantonnement situées sur le continent, qui sont de plus en plus souvent transformées à des fins civiles.


1. L'artillerie côtière devait remplir la principale fonction de défense: des casernes, des postes de défense antiaérienne et des abris antiatomiques ont été construits autour des batteries de canons; des ports de guerre ont été aménagés dans les anses les plus propices. Sur le cliché: batterie de canons sur l'île de Lastovo (Antonia Dika, 2007)


2. Des zones militaires furent aménagées sur à peu près toutes les îles situées au large des côtes. Jusqu'en 1988, l'accès aux îles de Vis et de Lastovo était strictement interdit à tout étranger. (Cliché: Daniele Ansidei, 2012)


3. Plus tard, durant la guerre de Yougoslavie, à de rares exceptions près, ces bases insulaires ne furent jamais employées à des fins défensives. De leur aménagement jusqu'à leur cession par l'armée, elles servirent seulement de terrain d'entraînement du service militaire. Sur le cliché: Abri pour bateaux sur l'île de Dugi Otok (Antonia Dika, 2007).


4. Aujourd'hui, plusieurs strates idéologiques se superposent sur les murs des installations abandonnées. Sur le cliché: Caserne «Maréchal Tito» sur l'île de Lastovo (Antonia Dika, 2007).


5. Bien que les îles servent d'accroche touristique, elles sont un territoire problématique pour le pays: le départ en nombre de leurs habitants, surtout avec le recul de l'agriculture, impose une situation démographique qui n'engage à faire aucun pronostic optimiste à long terme[1]. Sur le cliché: lieu populaire de baignade et (à l'arrière-plan) ancienne base militaire sur l'île de Korčula (Daniele Ansidei, 2007).


6. Sur l'île de Vis, la cave à vin qui occupe un ancien abri militaire souterrain est un rare exemple de réutilisation[2]. Des facteurs tels que des droits de propriété non clarifiés, une législation changeante en matière d'aménagement ou encore le nombre limité d'habitants en âge de travailler, ont compliqué ou empêché jusque-là le réaménagement de ces bases insulaires abandonnées. (Cliché: Daniele Ansidei, 2012)


7. Compte tenu du secret militaire de plusieurs dizaines d'années et de la guerre de Yougoslavie, très peu d'accès aux installations ont été ménagés. Le projet «Perles de l'Adriatique» recueille des informations à travers des entretiens auprès des habitants et des anciens membres des garnisons pour les fixer sur des supports photographiques et cartographiques. (Cliché: Antonia Dika, 2008)

Notes:
[1] Cf. Vera Graovac, «Otoci na rubu izumiranja – primjer zadarskih otoka» [Des îles au bord de l'agonie: Le cas des îles de Zadar], Geoadria, n° 9/2, Zadar, 2004, p.208; «Nacionalni program razvitka otoka», Ministarstvo razvitka i obnove [«Programme national de développement des îles», Ministère croate du Développement et de la Reconstruction], Zagreb, 1997, p.11.
[2] Voir un reportage sur l'île de Vis dans ce même numéro.

Traduit de l'allemand par: Eric Le Bourhis
Lien vers le texte d'origine

* Travaille comme architecte et urbaniste à Vienne (Autriche).
http://ntndk.tumblr.com/
 
 
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