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Un Office pour la coopération de la jeunesse des Balkans occidentaux


Par Jasha MENZEL*
Le 25/12/2016

Le 8 décembre 2016, journée nationale de la jeunesse en Albanie, un Office de coopération pour la jeunesse des Balkans occidentaux a ouvert ses portes à Tirana.



 
L’office est le fruit du travail de longue haleine des pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine, Monténégro et Serbie). Il peut contribuer non seulement à la réconciliation des nations de la région mais aussi à leur processus d’intégration à l’Union européenne. En cela, il suit les pas de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse fondé en 1963.

Qu’est-ce que l’Office pour la coopération de la jeunesse des Balkans occidentaux?

Généralement désigné par l'acronyme RYCO (Regional Youth Cooperation Office of the Western Balkans), l’Office est le fruit d’une initiative engagée en 2014 lors de la conférence des Balkans occidentaux de Berlin par deux Premiers ministres: Edi Rama, Premier ministre albanais depuis 2013, et Aleksandar Vučiċ, Premier ministre serbe depuis 2014[1]. C'est la chancelière allemande Angela Merkel qui avait organisé ce sommet européen, dans le but justement de contribuer au rapprochement des États de la région.

Un an plus tard, à Vienne cette fois-ci, le 27 août 2015, les Premiers ministres albanais, bosnien, kosovar, monténégrin et serbe signèrent une déclaration commune, où ils s’engageaient à mettre en place l’office, que la déclaration décrit comme «une structure régionale, visant à promouvoir l’esprit de réconciliation et de coopération entre les jeunes de la région»[2].

C’est le 8 décembre 2016 que l’office a finalement été inauguré à Tirana, en présence des représentants de la jeunesse de la région et des représentants des États membres, ainsi que des partenaires européens qui ont soutenu sa création, dont Harlem Désir, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Béatrice Angrand, secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) qui a apporté toute son assistance technique pour la mise en place de l’Office, ainsi que Romana Vlahutin, ambassadeur de l’Union européenne en Albanie[3].

Au travers de l’Office, les pays des Balkans occidentaux sont en train de suivre les pas du couple franco-allemand, avec la création de l’OFAJ en 1963. En février 2015, les Premiers ministres albanais et serbe avaient d’ailleurs invité les secrétaires généraux de l’OFAJ à se rendre à Belgrade et à Tirana afin de faire connaître le fonctionnement et la mission de l’OFAJ. L’OFAJ a d’ailleurs joué le rôle de modérateur dans la fondation du nouvel office, avec notamment la personne de Frank Morawietz, responsable de programme à l'OFAJ[4].

L'Office pour la coopération de la jeunesse des Balkans occidentaux a pour principale mission de soutenir les initiatives liées à la réconciliation, à la diversité et à l’échange culturel, à la mobilité régionale et au rapprochement avec l’Europe. En d’autres termes, il s'agit de construire une société civile balkanique grâce à l’élaboration de projets communs, en créant des interdépendances et des intérêts communs aux États de la région. Lors de l’inauguration de l’office, le ministre albanais de la Jeunesse, Blendi Klosi, a déclaré que cet office servira en premier lieu à la recherche scientifique, à la culture et au sport et à l’activisme social[5].

Le fonctionnement de l'office

Après la signature de la déclaration commune en août 2015, un groupe de travail constitué de douze représentants, parmi lesquels tous les ministres de la Jeunesse concernés et de jeunes activistes représentant les organisations de la jeunesse des pays membres fut formé afin de dessiner les traits du visage que prendra l’office.

Le jour de l’inauguration en décembre 2016, le conseil d’administration s’est réuni afin d’élaborer son règlement provisoire ainsi que la planification des activités nécessaires jusqu’à l’ouverture concrète de l’office, prévue en mars 2017.

Jusqu'à cette date, il reste beaucoup à faire: désigner un secrétaire général, un vice-secrétaire général accompagné de son personnel, établir un budget et un plan stratégique pour 2017 ainsi qu’un règlement pour les procédures financières et bien entendu un règlement définitif pour le conseil d’administration, dont la moitié des postes seront détenu par des jeunes issus des sociétés civiles des États balkaniques.

Une semaine avant l’inauguration, lors d’une conférence, Klosi avait déclaré que pas moins de deux millions d’euros seront mis à la disposition des organisations de la jeunesse dans la région pour la réalisation de projets[6]. La moitié des financements prévus pour l'office proviennent des pays participant en fonction de leur PIB, ainsi que de la Commission européenne[7].

Un test pour l’intégration européenne de la région

Tous les pays membres de l’office sont également candidats à l'adhésion à l'Union européenne (UE). Les États de la région ont ainsi l’occasion de montrer à l’UE qu’ils sont arrivés à maturité pour incarner les valeurs qu'elle véhicule et adhérer ensemble dans un esprit de coopération. Il s’agirait donc d’un projet d’intégration régionale en vue de la préparation à une intégration plus large.

L’Union européenne a souvent usé de la méthode du bâton et de la carotte en agitant le thème de l'adhésion pour pacifier les relations dans la région. Si l’office parvient à offrir des résultats et du progrès, il s’agira là d’une preuve de maturité de la part des États des Balkans occidentaux.

Les défis à relever

Tout le succès de l’office reposera sur sa capacité à gagner en autonomie et en objectivité et à s’abriter des tensions politiques régionales et des questions encore irrésolues tels que la reconnaissance de l’État du Kosovo par la Serbie ou par la Bosnie-Herzégovine.

Pour ce faire, il faudra veiller à ce que l’Office soit avant tout gouverné par la jeunesse des Balkans et à ce que son fonctionnement ne soit pas influencé par les gouvernements des pays membres. Les gouvernements participent également à la construction de l’Office mais les tensions diplomatiques ne doivent pas prendre le pas sur les objectifs de l’Office. Si ses membres seront représentés par les nationalités des Balkans, l’Office n’aura pas de nationalité et sera une organisation de coopération régionale.

Avec la coopération de la jeunesse, les Balkans ont l’opportunité de coopérer sur les intérêts communs qu’ils partagent et de s’entraider pour leur intégration européenne en insistant davantage sur leurs similarités que sur leurs différences. L’efficacité de l’Office reposera avant tout sur les résultats. S’il est fonctionnel, ce sera une preuve que les pays de la région sont bel et bien aptes à coopérer dans la perspective de l’intégration européenne.

Notes:
[1] «Conférence des Balkans occidentaux à Vienne», OFAJ, 27 août 2015.
[2] «Cérémonie d’inauguration à Tirana de l’Office régional de coopération pour la jeunesse», Agence Télégraphique Albanaise, 8 décembre 2016.
[2] RYCO, «The institutional framework of the working group», annonce publiée sur le site internet de l’Office.
[3] «Hapet Zyra Rajonale Rinore, Rama: Ballkani jo më fuçia e barutit e Europës», Balkanweb, 8 décembre 2016.
[4] Site officiel de l’Office.
[5] «Hapet Zyra Rajonale e Rinisë», Top Channel, 8 décembre 2016.
[6] Site du ministère albanais de la Jeunesse.
[7] Création d’un Office régional de coopération pour la jeunesse des Balkans occidentaux (RYCO), OFAJ, 4 juillet 2016.

*Spécialiste des Balkans occidentaux

Vignette: Inauguration de l’Office à Tirana le 8 décembre 2016, en présence des ministres de la Jeunesse de la région, du Premier ministre albanais Edi Rama et des partenaires européens.
 
 
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