Revue - REGARD SUR L'EST
Regard sur l'Est, revue en ligne
Dernière mise à jour le 23/07/2017 - 14:45 Paris


Asie centrale
Balkans
Caucase
Etats baltes
Peco
Russie


Tous les dossiers


Contact
Ligne éditoriale


 

 

Itinéraires baltes



 


Pologne: La Haute-Silésie tente sa reconversion énergétique


Par Elzbieta BELCZARZ*
Le 17/06/2017

Pour lutter contre la pollution, la région polonaise de Haute-Silésie tente, avec plus ou moins de succès, de se mettre à l’heure des énergies renouvelables. Ce défi, confronté aux enjeux économiques nombreux, s’avère difficile à relever.



 
Située au sud-ouest de la Pologne, la Haute-Silésie est la région la plus industrialisée du pays. Jusqu’en 1945, elle a successivement appartenu à la Pologne, à l’Autriche, à la Prusse et à l’Empire allemand. Après la Première Guerre mondiale, la Haute-Silésie fut partagée entre la Pologne et l’Allemagne qui s’en empara en 1939 pour finalement la perdre en 1945, suite aux accords de Yalta.

La Haute-Silésie après la Seconde Guerre mondiale

Depuis la Seconde guerre mondiale, la Haute-Silésie a connu un développement industriel intensif lié au fait qu’elle était la seule région capable de fournir les matériaux nécessaires à la reconstruction de la Pologne dévastée par la guerre. Tous les moyens furent alors mobilisés pour accélérer la production d’acier, de métaux non ferreux et, surtout, pour augmenter l’exploitation de charbon, de minerai de plomb et de zinc. Dans les années 1950, on estimait que 71,5% de la population de cette région travaillait dans l’industrie minière et sidérurgique. Vers la fin des années 1970, le gouvernement polonais prit la décision d’augmenter la production du charbon et de construire le plus grand complexe sidérurgique d'Europe, à Dąbrowa (Huta Katowice). Ainsi, l’exploitation du charbon a atteint 201 millions de tonnes en 1979.

Impact de la pollution industrielle sur la santé de la population

Le développement industriel intensif a eu un impact énorme sur la dégradation de l’environnement[1]. Dès les années 1960, on a constaté l’augmentation du taux de mortalité de la population. Mais le sujet était tabou face aux enjeux économiques et géopolitiques, et peu de données ont été dévoilées au grand public. Pourtant, dans chaque famille, les décès précoces ne sont pas rares.

En 1990, une étude réalisée par la Fondation d’aide humanitaire EquiLibre, basée à Cracovie, tirait des conclusions sans appel: l’espérance de vie était en baisse, les malformations en hausse. Selon cette étude, depuis les années 1960, la mortalité infantile avait progressé de 16 à 40%, tandis que les malformations congénitales augmentaient de 23% par an. Sur 1,3 million de personnes de moins de 18 ans recensées dans la région, 300.000 au moins devaient être suivies régulièrement. Les décès étaient dus à 55% aux maladies cardiovasculaires et à 20% aux tumeurs diverses. Chez les hommes âgés de 30 à 59 ans, la mortalité était de 40% supérieure à la moyenne nationale.

Premières initiatives pour la protection de l’environnement

À partir des années 1990, les choses commencent à changer avec la prise de conscience par la population de l’ampleur de la catastrophe écologique provoquée par l’exploitation des fossiles et la production intensive dans tous les secteurs industriels.

Entre 1989 et 2003, des programmes de restructuration ont été mis en place: quatre pour les mines de charbon et trois pour la sidérurgie, avec la fermeture de hauts fourneaux dans des villes comme Chorzów, Bytom ou Ruda Slaska[2]. Leur objectif primordial était de réduire la production de charbon, d’adapter les mines et la sidérurgie au fonctionnement de l’économie de marché et aux règles de l’Union européenne, de développer les technologies moins polluantes et de stopper la dégradation de l’environnement.

Des actions en faveur de la prévention de la santé sont alors proposées aux habitants par les services sociaux, et différentes associations s’engagent dans la protection de l’environnement. Des statistiques concernant les maladies chroniques sont publiées régulièrement et des études sérieuses menées par plusieurs centres médicaux (comme le Centre silésien des maladies cardiaque à Zabrze ou le Centre d’oncologie – Institut Maria Skłodowska-Curie, à Gliwice) aident à mieux cibler les populations les plus touchées par des polluants dangereux. La présence de plomb et de cadmium a en effet été détectée chez beaucoup de jeunes enfants. Les données restent difficiles à interpréter, car le type et le taux de la pollution peuvent être très différents dans la même zone.

Simultanément, le processus de désindustrialisation de la région progresse, avec la fermeture de nombreuses mines de charbon, d’aciéries et d’usines, souvent vétustes. S’ensuit l’augmentation du taux de chômage et le dépeuplement des villes. Les moyens économiques ne sont pas toujours suffisants pour résoudre tous les problèmes de la région, notamment en ce qui concerne la reconversion des nombreux ouvriers métallurgistes et des mineurs qui ont perdu leur travail. Pourtant, la Haute-Silésie est l’une des premières régions de Pologne à mettre en place un programme de reconversion ambitieux et innovant. De nombreux centres de recherche et de développement sont créés, basés sur le savoir et les compétences des cadres et des ingénieurs issus des écoles polytechniques de la région et de l’université silésienne de Katowice. Des projets innovants dans les secteurs des hautes technologies, de la médecine et de l’énergie vont s’avérer déterminants pour le rattrapage technologique et le renouveau social de la région.

Initiatives régionales en faveur des énergies renouvelables

Le Programme opérationnel régional pour la Voïvodie de Silésie (RPO WSL) 2014-2020[3], cofinancé par le Fonds européen de développement régional (FEDER), prévoit d’affecter une somme de 796 millions d’euros à la mise en œuvre des mécanismes de développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique et, par conséquence, de faire baisser le taux de pollution aux particules fines (PM10) et les émissions de CO2. Dans le cadre de ce programme, les établissements publics et les particuliers peuvent bénéficier d’aides en participant aux actions de remplacement des systèmes de chauffage au charbon par des systèmes basés sur le gaz ou la biomasse, de modernisation des installations individuelles, de raccordement des habitations au réseau de chaleur ou encore de thermo-modernisation des bâtiments.

En 2017, la Haute-Silésie reste, dans l’UE, la région la plus touchée par la pollution. La faute en incombe à ses nombreuses mines de charbon, source principale d’énergie dans le pays (61% pour le charbon et 18% pour la lignite en 2014), sachant en outre qu’une partie de la population –la plus pauvre– brûle des déchets pour se chauffer.

Pour lutter efficacement contre les émissions de particules fines, le 12 janvier 2017, l’Office du Maréchal (exécutif) de la voïvodie de Silésie a soumis pour consultation un plan anti-pollution dont la principale action serait l’interdiction totale de l’utilisation de sources d’énergie nocives comme le lignite, le charbon fin ou le bois humide. Les autorités locales ont approuvé ce plan qui entrera en vigueur le 1er septembre 2017[4].

Actuellement, les énergies renouvelables représentent moins de 10% de son mix énergétique et près de 11% de sa production d’électricité, mais la région a l’ambition d’augmenter la part de ces énergies à 17% d’ici 2023. En juin 2015, il existait déjà en Silésie 144 installations produisant de l’électricité à partir des énergies renouvelables, tous types confondus, pour une capacité totale installée de 182,329 MW[5].

Le programme opérationnel régional souligne que, compte-tenu de la spécificité de ce territoire plus restreint et plus dense (382 km2) que les autres régions du pays, le potentiel de la zone devrait continuer à être exploité par le biais des micro-installations, utilisant des ressources renouvelables telles que le soleil, le vent et la biomasse. Le succès de la vente de capteurs solaires prouve d’ailleurs que la stratégie proposée par la région répond aux attentes de certains particuliers et des entreprises.

Les obstacles au développement des énergies renouvelables

Parallèlement, la Silésie est loin de vouloir renoncer au charbon, qui reste une ressource stratégique pour la Pologne, tant sur le plan économique (car le pays veut garder son indépendance énergétique) que social (afin de limiter la perte d’emploi de 80.000 salariés du secteur minier). Pour trouver un compromis entre le développement des énergies vertes et les énergies fossiles, la Haute-Silésie s’engage à développer des techniques pour rendre le charbon plus propre. Elle mise en particulier sur la gazéification du charbon et a lancé un programme de recherche dédié à cette technologie, avec la contribution de différents centres de recherches, dont l’Institut de transformation chimique du charbon de Zabrze, l’Institut d’exploitation minière de Katowice ou encore l’École polytechnique de Silésie à Gliwice.

Le charbon reste la source d’énergie la moins chère pour une grande partie de la population aux revenus modestes, surtout pour les retraités qui vivent souvent dans des maisons équipées de système de chauffage au charbon datant des années 1960. Sans l’aide de l’État ou de collectivités locales, ces personnes continueront d’utiliser un charbon de mauvaise qualité et s’inquiètent déjà des conséquences de la loi anti-pollution.

Le 31 mars 2017, le ministre de l’Énergie, Krzysztof Tchórzewski, a annoncé la création d’un géant composé des deux compagnies minières PGG et KHW, afin d’assurer l’indépendance énergétique du pays et de préserver les emplois. Dans ce contexte, les énergies renouvelables sont perçues plutôt comme un complément au charbon et non comme une véritable alternative, même si les décisions prises en janvier 2017 par l’Office du Maréchal de Silésie confirment bien la politique de la région en faveur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, tout en prenant en compte la complexité économique et démographique du territoire.

En 2018, la Pologne sera le pays organisateur de la COP24 et c’est la ville de Katowice, capitale de la Haute-Silésie, qui accueillera la conférence annuelle de l’ONU sur le changement climatique. Ce serait une excellente occasion pour la région de présenter tous les acteurs engagés dans l’innovation et la transformation énergétiques.

Notes:
[1] Voir notamment Alexis Amet, «Promenade dans le Triangle Noir», Regard sur l’Est, 15 janvier 2009.
[2] Maria Tkocz, «La restructuration socio-économique du Bassin industriel de Haute-Silésie», Géocarrefour, Vol.80/1, 2005, pp.49-58.
[3] Urząd Marszałkowski Województwa Śląskiego [Office du Maréchal de la Voïvodie de Silésie], Środki RPO WSL 2014-2020 na likwidację niskiej emisji [Programme opérationnel régional pour la Voïvodie de Silésie pour la période 2014-2020 - Les moyens pour lutter contre l’émission des particules fines]..
[4] Urząd Marszałkowski Województwa Śląskiego Wydział Ochrony Środowiska [Office du Maréchal de la Voïvodie de Silésie, département de la Protection de l’environnement], Projekt uchwały Sejmiku Województwa Śląskiego w sprawie wprowadzenia na obszarze województwa śląskiego ograniczeń w zakresie eksploatacji instalacji, w których następuje spalanie paliw [Projet de loi, par la Diétine, de la Voïvodie de Silésie concernant les limitations dans l’exploitation des installation de combustion sur le territoire de la voïvodie de Silésie.
[5] François Bafoil, Amélie Bonnet, Rachel Guyet, Gilles Lepesant, Décentralisation énergétique et innovations territoriales, Vol. 2, CERI, Paris, 2016.

Vignette: Dans la ville de Chorzów, au début des années 1960, l’aciérie Kosciuszko, construite en plein centre-ville, faisait partie du paysage urbain (source: archives personnelles de l’auteure).

* Diplômée de l’université Jagellonne de Cracovie (Master en philologie romane), investie dans le développement des relations commerciales franco-polonaises (implantation du réseau d’accès à internet en Pologne).
 
 
Moscou: Le conflit du parc de Torfianka
Le nouveau visage orthodoxe de la périphérie de Moscou
La vie en Transnistrie: Du politique au quotidien
La jeunesse du Kosovo: Une énergie entravée
Les réformes du système letton de santé: faire et défaire
La Krajina croate: Entre nationalisme et intégration européenne
Entretien avec Nina Belyaeva: «La société civile existe toujours en Russie!»
Photoreportage sur la ligne de front avec les volontaires ukrainiens
 
Imprimer
Envoyer cet article par mail
Contacter la rédaction
Droits de reproduction et de diffusion réservés Regard sur l'Est 2017 / ISSN 2102-6017