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On nous cache tout, on nous dit rien


Par François GREMY
Le 01/04/2002

Livre à thèse, classé " politiquement incorrect ", Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire (éd. Albin Michel) a été vivement critiqué à sa sortie. Cette enquête, menée en 1993 par le journaliste Jacques Merlino mérite pourtant une relecture attentive et dépassionnée.



1993 : la guerre bat son plein en Yougoslavie. Serbes, Croates et Musulmans s'affrontent sur le territoire bosniaque. Jacques Merlino, journaliste et rédacteur en chef adjoint de la rédaction de France 2 couvre le début du conflit à Sarajevo puis assiste à la Conférence de Genève, organisée par l'ONU en X. Les principaux dirigeants bosniaques, dont le Musulman Izetbegovic et le Serbe Karadzic sont présents. L'accord de paix semble à la portée de la main. Malgré un début prometteur, les négociations finiront pourtant par échouer.

Lors de cette conférence, Jacques Merlino rencontre des membres de l'ONU qui s'étonnent et lui confient: "A chaque fois que l'on croit parvenir à un accord, il y a une campagne [anti-serbe] qui sort et on retourne à la case départ." Troublé par ce soupçon d'impartialité, le journaliste décide de mener l'enquête. Après un an de recherches et d'investigations, il acquiert la certitude que parmi le flot d'accusations portées contre les Serbes, un bon nombre sont largement exagérées, voire erronées.

Cette enquête mène Jacques Merlino aux Etats-Unis. Il y rencontre James Harff, directeur d'une agence de relations publiques (Ruder Finn Globar Public Affairs) qui déclare travailler, moyennant rétribution, pour la Croatie, la Bosnie et l'opposition kosovare. Sa mission consiste à promouvoir la cause de ses clients en faisant circuler des "informations" compromettantes pour les Serbes, sans se préoccuper nécessairement de leur véracité. Les interventions de l'agence sont soigneusement ciblées: presse, parlementaires, groupes de pression. Le coup de maître de James Harff : le retournement de l'opinion juive américaine a priori hostile aux Croates et aux Musulmans bosniaques "marqués" respectivement par le passé fasciste de l'Etat oustachi et par les écrits "islamistes" du leader musulman, Alija Izetbegovic.

Jacques Merlino relève également le travail approximatif effectué par les premières commissions d'enquête européennes et onusiennes, notamment la commission Warburton. Le groupe de personnalités se contente d'une visite de deux jours à Zagreb et d'une journée-marathon à l'Est de la Krajina. Peu de temps à l'échelle du conflit bosniaque, mais suffisamment pour recueillir des chiffres "choc". Les huit "sages" se font ainsi l'écho d'une rumeur courant à Zagreb, selon laquelle 20.000 femmes musulmanes auraient été violées par des Serbes. Trois témoignages seulement sont cités à l'appui de ces accusations. La rumeur est rapidement reprise par la presse, et présentée comme une vérité établie. Simone Veil, membre de la commission Warburton , a beau appeler à la prudence, rien n'y fait. Les journaux avanceront même le chiffre de 50.000 à 60.000 femmes violées.

La thèse de Jacques Merlino a le mérite de la clarté. A ses yeux, les opinions publiques ont été manipulées et désinformées, la presse étant branchée, en quelque sorte, sur le canal unique du consensus anti-serbe. Le livre du journaliste a été très mal accueilli dans les média. Pour nombre de critiques, remettre en question les chiffres des exactions serbes avancés par l'ONU ou distinguer le tristement célèbre camp de Manjaca tenu par les Serbes de Bosnie des camps nazis revenait à minimiser les faits et donc à soutenir les " fauteurs de guerre ". Accusation dont se défend Jacques Merlino, qui se considère victime du " politiquement correct ".


1 Simone Veil confiera à Jacques Merlino qu'elle était très réservée sur les conditions de l'enquête et démissionnera peu après.
2 Newsweek, 11 janvier 1993, Paris Match, janvier 1993.
 
 
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