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Les plages de la mer Noire attirent-elles toujours les touristes russes ?
Dossier "Sur les rives de la mer Noire"

Par Olga NIKITINA et Elisaveta ALISSOVA
Le 01/04/2003

Les côtes de la Mer Noire étaient depuis le XIXe siècle un lieux de villégiature privilégié des élites russes et pour le peuple soviétique. Mais les difficultés économiques de cette région et la forte attractivité d’autres destinations plus exotiques ont détourné, au moins temporairement, les touristes russes de la Mer Noire.



Je ne passe plus mes vacances en Russie. Je suis prête à payer un peu plus pour aller en Turquie et avoir une prestation meilleure qualité. En Crimée, dans le Causase, ils veulent que les moscovites dépensent de l’argent mais ne font d’efforts pour améliorer leurs services. Les plages sont sales, il n’y a pas d’eau potable, il n’y a pas de cafés agréables où manger un petit plat pas cher, dit Elena, une moscovite de 45 ans. Autrefois, elle allait en Crimée chaque été avec son mari et sa fille.

Aujourd’hui, la plupart des agences touristiques ne proposent même plus de séjours touristiques dans Caucase russe ou en Crimée. «Les directions de masse sont la Turquie et l’Egypte. Là-bas une semaine “en pension complète” en Turquie vous coûtera 400$ dans un hôtel trois étoiles» explique Irina Baranova, directrice de l’agence de voyage “Adentine-tour”.

Nostalgie, petits budgets et tourisme sauvage...

Elena, biologiste de 68 ans, passe ses congés en Crimée depuis 1955. Elle raconte : «Chaque année, je vais à Koktebel fin avril, quand il ne fait plus froid mais pas encore très chaud. Le climat unique de la Crimée me convient parfaitement. Vous savez, l’air de la mer mélangé aux arômes du pin de Crimée est extrêmement bon pour la santé. Il n’y a pas de monde à cette période là. Je n’ai aucun problème pour acheter les billets de train et pour trouver un logement. Les prix sont plus bas.»

Nastia, étudiante de 23 ans, se rend quant à elle à Kazantip, un petit village de Crimée où se tient un festival musical «c’est une boîte de nuit non-stop pendant 20 jours, de la musique, des pistes de danse, des jeunes et bien sûr la mer, le soleil, le sable.»

Pour ceux qui préfèrent le tourisme “sauvage” et itinérant, la Crimée reste un lieu de prédilection. Nombreux sont ceux à traverser les montagnes du Sud de la Crimée. Galina, une étudiante de 22 ans, a voyagé à pied pendant une dizaine de jours avec ses trois amis. « ous avons suivi le chemin de Bakhtchisarai à Yalta et nous avons été beaucoup impressionnés par la nature». Les amateurs de nature raffolent des paysages de Crimée. Alpinistes et spéléologues, vélo touristes et auto-stoppeurs échangent d’ailleurs leurs opinions et partagent leurs expériences de voyage sur le site www.crimaniak.com.

La fin du tourisme de masse

A l’époque soviétique, la Crimée et le Caucase étaient des endroits de repos pour les masses. Soit on obtenait un bon de séjour dans un sanatorium, soit on s’y rendait par ses propres moyens et on louait des petites chambres chez l’habitant. «Je me rappelle très bien de notre séjour à Pitsunda en 1979 (Georgie). Nous avons loué une petite chambre. Dans la maison, il y en avait une vingtaine, et dans chacune - une famille. Le matin, la maîtresse faisait cuire les oeufs, au moins une quinzaine, sur une immense poêle - pour ses locataires», se rappelle Valerii, un Moscovite de 60 ans.

Actuellement beaucoup de centres de cure sont vides ou même abandonnés. «Le nombre d’estivants en Crimée a malheureusement beaucoup diminué depuis la fin de l’Union soviétique […]. La plupart de ceux qui viennent encore aujourd’hui en Crimée sont les touristes qui l’ont découverte auparavant», commente Alexandre Efimov, le secrétaire de presse de la Fondation “Moscou-Crimée”. Créée par la mairie de Moscou en 1997, cette fondation tente de populariser les vacances en Crimée. Grâce à la fondation, près de 20 000 enfants moscovites de familles aux ressources modestes ont pu se reposer au bord de la mer. D’après Alexandre Efimov, cette année 10 000 petits moscovites se rendront en voyage en Crimée.

Certaines grandes entreprises russes prospères ont conservé leurs centres de cure et de remise en forme. Le groupe métallurgique Norilski Nickel, fidèle à la tradition soviétique envoie ses ouvriers au sanatorium “L’étoile polaire” à Sotchi. Travaillant dans les conditions dures du Grand Nord, les ouvriers de l’entreprise ont la chance de se reposer au moins une fois par an sur les plages ensoleillées. Mais seules quelques grandes entreprises peuvent s’accorder ce luxe.

La Crimée a été l’endroit de repos préféré de l’élite politique russe au cours du siècle dernier. La presqu’île accueillait la résidence d’été du tsar Nicolas II, la datcha officielle de Josef Staline, les résidences des secrétaires généraux, tels Léonide Brejnev et Nikita Khrouchtchev. Après la chute de l’URSS en 1991, les dirigeants russes ont “déménagé” sur les rives du Caucase russe, à Sotchi.

La Mer Noire, les montagnes couvertes de pins et de genévrier de la Crimée ont inspiré peintres, écrivains. Alexandre Pouchkine a travaillé sur son poème “Le captif caucasien” à Gourzouf en 1820. Konstantine Korovine, le plus célèbre impressionniste russe, a bâti sa datcha dans ce même village. Il y accueillait nombre de ses amis dont le chanteur d’Opéra, Feodor Chaliapine. Anton Tchekhov a passé cinq années dans sa datcha près de Yalta. En 1911, la poétesse Marina Tsvetaeva a été l’hôte chez le poète Maximilian Volochine à Koktebele. Après le décès du poète, sa maison est devenue la très officielle « Maison de repos des hommes de lettres d’Union soviétique ».

 
 
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