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Médias audiovisuels: qui détient le 4ème pouvoir en Géorgie?


Par Célia CHAUFFOUR
Le 01/10/2003

A la lecture des événements de novembre dernier, les médias audiovisuels géorgiens s'affirment plus que jamais comme le 4ème pouvoir. Si la très populaire chaîne Rustavi 2 a soutenu la révolution de la rose et par là-même l'accès au pouvoir de M.Saakashvili, elle est aujourd'hui devenue l'un des outils de communication du nouveau pouvoir en place. Zoom sur les rouages du paysage télévisuel géorgien



Quatre grands groupes se partagent le marché télévisuel en Géorgie. L'enjeu n'est pas des moindres puisque la télévision est le média le plus écouté au sein de la petite république du Caucase.

A l'heure où la Géorgie voit sa scène politique remodelée en raison de la récente démission d'Edouard Chevarnadze et de l'élection à la présidence du pays, le 4 janvier dernier, de Mikhael Saakashvili, les principales figures politiques recherchent plus que jamais une lisibilité médiatique nationale.

La voix du contre-pouvoir

Créée en 1994 avec le soutien financier de la fondation Soros, la sulfureuse Rustavi 2 est ce que l'on pourrait appeler une ''success story''. Alors que ses locaux ont subi à plusieurs reprises les descentes de police et ont été menacés de fermeture sous Chevarnadze, elle est aujourd'hui -et indubitablement- l'un des médias les plus populaires du pays.

Porte-voix de l'opposition sous Chevarnadze, elle a joué un rôle très actif lors de la révolution de la rose de novembre 2003, en sensibilisant la population aux discours et aux appels à manifestation du trio Saakashvili, Jvania et Bourjanadze.

Anecdote révélatrice de son implication, elle a diffusé à deux reprises, lors des manifestations, un film-documentaire sur la chute de Slobodan Milosevic en Serbie.

Erosi Kitsmarishvili, directeur de la station Rustavi 2, ainsi que du quotidien 24 heures et du fournisseur d'accès Internet Georgiaonline, a volontiers reconnu début décembre, lors d'une interview accordée à I'agence de presse Itar-Tass, que ''la chaîne avait délibérément répercuté un point de vue anti-gouvernemental pour changer le système (...). Nous avons couvert les manifestations de Tbilissi sous un angle subjectif''. Il démentait par ailleurs l'information selon laquelle la chaîne dépendrait financièrement des nouvelles autorités.

Aujourd'hui foncièrement pro-Saakashvili, Rustavi 2 essaye de recouvrir son caractère indépendant initial. Ses détracteurs lui reprochent volontiers le manque de recul et d'objectivité dans son traitement de l'information. Une erreur à laquelle la chaîne essaye de palier tant bien que mal, en émettant depuis peu quelques critiques à l'encontre du nouveau pouvoir.

Reste que son image pro-Saakashvili n'endommage en rien sa notoriété. Et son influence lui vaut encore de subir des attaques en tout genre. Dernier exemple en date, le 29 décembre 2003, ses locaux ont été endommagés par une attaque à la grenade. Contre-pouvoir historique au Canal 1, la chaîne publique nationale, Rustavi 2 demeure la télévision phare du paysage hertzien géorgien. Pourtant, elle doit désormais compter sur la concurrence d'Imedi TV.

Les ''barons" de la télévision géorgienne

Lancée en mars 2003, Imedi TV ne bénéficie pas encore de la popularité de Rustavi 2. Toutefois, elle est déjà reconnue pour diffuser une information tant nationale qu'internationale, à l'inverse d'une Rustavi 2 qui n'a quasiment couvert fin 2003 que l'actualité de Tbilissi.

Financée par Badri Patakartshvili qui n'est autre que le très influent et richissime businessman le plus connu de Géorgie, Imedi TV appartient au holding médiatique Technomedia qui comprend, entre autres, Imedi Radio, le journal Mtavari et l'agence de presse Interpress. Imedi TV n'en est pas moins un média s'affirmant comme modéré et reconnu comme tel.

Quant au Canal 1, la chaîne publique nationale jusqu'alors porte-voix inconditionnelle de Chevarnadze, elle a changé son fusil d'épaule. Elle soutient aujourd'hui la nouvelle coalition au pouvoir, à force de reportages et spots plus que subjectifs. Son ex-directeur, Zaza Shengelia, avait démissionné le 19 novembre, quelques jours avant la démission de Chevarnadze. Son objectif? Tenter de sauvegarder sa crédibilité auprès de ses pairs et plus largement des Géorgiens. Quelques jours plus tard, c'était au tour d'un des présentateurs vedettes de la chaîne d'annoncer en direct sa démission, avouant être sous pression du gouvernement.

Autre poids lourd du paysage télévisuel, la nouvelle chaîne Mze (''Soleil'') est encore peu influente. Mais, elle produit et diffuse des programmes de qualité, dirigés par d'anciens journalistes populaires de Rustavi 2. Notons toutefois que cette station est présidée et partiellement financée par Vano Chkhartishvili, membre du Parlement et ancien ministre de l'Economie. Ce dernier entretiendrait des relations avec Saakashvili, en dépit de leur précédent en 2001 lorsque Saakashvili l'avait ouvertement dénoncé pour corruption.

Concurrence ravivée

Le 23 janvier 2004, la Commission nationale de Régulation des Communications a annoncé ce qui pourrait être un rebondissement médiatique. La chaîne Rustavi 2 s'est en effet vue accordée la licence pour exploiter la frésquence du Canal 9. L'enjeu est de taille puisqu'il s'agit d'une fréquence nationale, couvrant la quasi-totalité du territoire géorgien.

Deux candidats étaient en concurrence pour obtenir cette fréquence: Rustavi 2 et le holding Technomedia de Patakartshvili. Mais, à la dernière minute, les représentants de Technomedia ont retiré leur candidature. Laissant libre cours à Rustavi 2.

En octobre 2003, l'ex-président de la Commission nationale de Régulation, Vakhtang Abachidze, avait démissionné expliquant sa décision par "la pression politique grandissante" exercée alors par les autorités de Chevarnadze sur l'attribution de la fréquence.

Quels que soient les pressions et jeux d'influence rythmant en silence l'échiquier médiatique, il est à noter que ne pouvait émerger q'une télévision issue d'un grand groupe. Car n'oublions pas qu'en Géorgie, le marché de la publicité est encore inexistant, privant ainsi ce secteur médiatique de revenus conséquents. De facto, chaque chaîne télévisée se doit de faire appel à des soutiens financiers autres, et notamment privés.

 
 
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