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Olenegorsk en avril
Une ville nouvelle comme les autres ?



Par  Eric LE BOURHIS
Le 15/09/2008

Olenegorsk, sixième ville de l’oblast de Mourmansk avec 25.000 habitants, située à 100 km au nord du cercle polaire, a quelques atouts à faire valoir devant ses voisines: un nœud ferroviaire, un centre minier appartenant à l’un des plus grands groupes sidérurgiques de Russie (Severstal), une des principales bases militaires aériennes de la région avec radar et base de lancement de missiles…



 
Ou bien au contraire, selon le point de vue, un damier d’immeubles soviétiques semblable aux autres, loin des montagnes comme de la mer, et dans un environnement naturel –mi taïga, mi toundra- ravagé par la pollution (métaux lourds et pluies acides) causée par le combinat de nickel de Montchegorsk au sud-ouest. Et pourtant…



La gare d’Olenegorsk (photo Eric Le Bourhis, 2008)

A l’origine d’Olenegorsk, un gisement de minerai de fer découvert en 1932 à proximité de la station de chemin de fer Olenia (du russe «olen», cerf ou renne) sur la ligne qui relie Mourmansk au «continent» depuis l’été 1916.
La situation privilégiée au bord de l’embranchement ferroviaire construit à la fin des années 1930 lors de la création, à une trentaine de kilomètres de là (entre autres par les koulaks déportés et les prisonniers du Goulag), du combinat et de la ville de Montchegorsk, justifiera l’établissement industriel et urbain après la Seconde Guerre mondiale: le village est officiellement inauguré en 1949 et prend le statut de ville dès 1957.


Olenegorsk, «Musée» de la mine en plein air, Avenue de Leningrad («Sulfure, Gabbro, Quartzite, Grenat, Sphénite») (photo Eric Le Bourhis 2008)

La presqu’île de Kola est la région du nord de la Russie qui présente la plus grande variété de roche minérale (fer, apatite, nickel, cuivre, mica, alumine…). Les minerais sont extraits et enrichis dans tout l’ouest de la presqu’île, puis transportés vers l’intérieur du pays au Sud ou bien exportés par la mer de Barents.

C’est dans les années 1930 que les premières villes minières sont construites dans la presqu’île qui dépend des autorités de Leningrad. A la naissance d’Olenegorsk, en revanche, les entreprises minières et métallurgiques de la région sont déjà directement contrôlées par Moscou (Commissariat des Affaires intérieures). A la fin des années 1940, deux villes apparaissent ainsi autour de nouveaux combinats d’extraction et de transformation du minerai de fer: Kovdor, à la frontière finlandaise, et Olenegorsk, plus au centre de la presqu’île[1].


Les villes nouvelles de l’oblast de Mourmansk

Les fondations urbaines dans l’oblast de Mourmansk datent en grande majorité du vingtième siècle. Seuls quelques villages ou ports y avaient été établis à la fin du Moyen Age, tels Kola, Kandalakcha ou Lovozero. A partir de la création de Mourmansk, durant la Grande Guerre, le chemin de fer puis le Goulag structurent la colonisation et l’industrialisation métallurgique et minière de la région côté soviétique avec, dans l’ordre de création, Kirovsk[2], Apatity, Montchegorsk, puis Kovdor et Olenegorsk; la Finlande développe quant à elle à partir des années 1920 l’industrie minière autour de Nikel, bande de territoire qui sera cédée à l’URSS en 1944.
La dernière génération de villes nouvelles dans les années 1950 et 1960 ne sera plus uniquement liée à l’exploitation minière (Zapoliarny, 1956) mais aussi à la militarisation de la région avec la plupart des villes militaires de la côte de Barents (dont la principale est Severomorsk, 1951) et à la construction et l’exploitation de la centrale nucléaire de Kola (Poliarnye Zori, 1968).


Olenegorsk, rue Kirov; au loin, le combinat et la principale carrière à ciel ouvert (3 km de diamètre). (photo Eric Le Bourhis, 2008)

En 1947, l’exploitation minière est entamée et alimente le combinat métallurgique de Severstal à Tcherepovets, quelques 1.500 km au Sud. Le minerai n’est pas très riche (30% de fer) mais présente peu de phosphate ce qui facilite les opérations de transformation et la production de concentré en «limitant la pollution». L’extraction croît de manière exponentielle jusqu’aux années 1980.
Le combinat des mines et d’enrichissement du minerai, OlKon (Olenegorskii gorno-obogatitelnyi Kombinat) a été privatisé en 1993 et est devenu une filiale du groupe Severstal qui prévoit en particulier de développer l’extraction souterraine (entamée seulement en 2005) pour une production annuelle en pleine augmentation aujourd’hui (environ 4 millions de tonnes de concentré en 2007)[3].


Olenegorsk, 13e festival traditionnel de musique et de culture sames, 26 et 27 avril 2008. (Photo Eric Le Bourhis, 2008)

La population same (lapone) de la presqu’île de Kola est restée à peu près constante en nombre depuis le 18e siècle, autour de 2.000 personnes. Mais la population totale est passée, elle, de quelques milliers au début du 20e siècle (l’intérieur de la presqu’île étant alors inaccessible et à peu près désert) à plus d’un million, principalement russe. Aujourd’hui, les Sames ne représentent donc plus que 0,2% de la population de la presqu’île et auraient pour moitié abandonné leur langue au profit du russe.
Olenegorsk est situé dans le nord de l’aire historique du dialecte same d’Akkala, éteint en 2003, qui occupait le pourtour du lac Imandra, zone aujourd’hui très polluée et consacrée à l’industrie minière et à la défense aérienne. Même si la ville n’est pas considérée comme le centre officiel de la culture same en Russie, situé à Lovozero qui a réuni durant l’époque soviétique les habitants sames expulsés des villages sans avenir de la presqu’île[4], elle accueille tous les ans au mois d’avril le festival traditionnel «international» de la communauté.


Olenegorsk, Palais des sports, avenue de Leningrad. (photo Eric Le Bourhis, 2008)

La presqu’île de Kola a longtemps été peuplée par bien plus de rennes que d’hommes (40.000 rennes estimés en 1895 pour moins de 1.000 habitants permanents et entre 5.000 et 10.000 l’été). Dans les années 1990, malgré la pollution et la réduction du cheptel, encore 61% de la presqu’île était voué à l’élevage de rennes, principalement à l’est d’Olenegorsk et jusqu’à la mer Blanche.
En l’absence de symboles (et d’histoire locale ?), c’est le toponyme qui a donné à Olenegorsk son effigie principale: le renne. La silhouette du mammifère anime la majorité des frontons, des écussons et des drapeaux, comme ici au palais des sports sur la place principale du centre ville.


Olenegorsk, Quartier stalinien. 18, rue Sovietskaïa. (Photo Eric Le Bourhis, 2008)


Olenegorsk, Mikroraïon, boulevard Molodejnyi. (photo: Tchetchen, Eric Le Bourhis, 2008)

[1] Gennadii P. Luzin, Michael Pretes & Vladimir V. Vasiliev, «The Kola Peninsula: Geography, History and Resources», Arctic, Vol.47, N°1 , mars 1994, pp.1-15.
[2] Alla Kirilina, L’assassinat de Kirov – Destin d’un stalinien 1888-1934, Le Seuil, 1995, p.38.
[3] www.murman.ru, 24 juin 2005, «V Olenegorskom GOKe razrabatyvaetsia strategitcheskaïa programma razvitiia kombinata na period do 2050 goda», «Le combinat des mines et d’enrichissement d’Olenegorsk élabore un programme stratégique pour le développement du combinat jusqu’en 2050».
[4] http://www.helsinki.fi/%7Esugl_smi/senc/en/index.htm
 
 
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