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Lituanie 2009 The Show Must Go On !


Par Jean-François DELANGRE*
Le 01/09/2009

L’année 2009 s’annonçait on ne peut plus faste et rayonnante pour la Lituanie. Des commémorations du Millénaire du pays à la consécration de Vilnius comme Capitale européenne de la culture, en passant par l’élection d’une femme pragmatique et rationnelle en qualité de Présidente, tout promettait une année radieuse.



 
Ces circonstances ne pouvaient qu’exalter le sentiment d’appartenance nationale chez les Lituaniens, peuple fier et patriote. Mais c’était sans compter sur la crise économique et financière qui fait rage actuellement. Retour sur les événements initialement prévus et les (res)sentiments des Lituaniens à leur endroit.

Une «Grande» année pour la Lituanie

Compte tenu de la fierté des Lituaniens d’appartenir à un pays riche d’une longue histoire épique, on ne pouvait que s’attendre à une explosion de couleurs, chants, feux d’artifice et autres manifestations afin de commémorer le Millénaire de l’apparition du nom de cette nation dans les annales de Quedlinburg, en 1009. C’est en tout cas ce que laissaient présumer, depuis 2007, les prémisses des festivités. Le pays tout entier commençait à se couvrir de ses plus belles parures, on rivalisait alors de rénovations, à grands coups de peinture, de plâtre et de drapeaux. Tout était prévu pour accueillir la déferlante de touristes qui viendraient assister aux commémorations du Millénaire ainsi qu’au sacre de Vilnius, Capitale européenne de la culture 2009. N’oublions pas non plus de mentionner l’élection présidentielle, qui a débouché sur la prise de fonctions, le 12 juillet 2009, de Dalia Grybauskaite, première femme à accéder au poste de chef de l’Etat dans ce pays.

Mais l’ambiance sur place est malheureusement tout autre, la crise ayant eu en partie raison de l’enthousiasme des autochtones comme de celui des visiteurs.

Une propension à exposer sa fierté nationale

Les Lituaniens ont indéniablement une certaine propension à afficher leur fierté nationale, que ce soit sur les bâtiments, les véhicules, voire leur propre personne, dans les paroles comme dans les actes. En 2008, Kaunas avait déployé, à l’occasion des 600 ans de l’obtention de son droit urbain de Magdebourg -octroyé par le grand-duc de Lituanie Vytautas le Grand-, autant de drapeaux tricolores qu’il était possible d’en arborer. Que ce soient le Vytis -les armes de la ville- ou le drapeau tricolore, souvent accompagné de l’oriflamme européenne, ces symboles étaient omniprésents. Car, à la différence de la Lettonie voisine, souvent plus austère lorsqu’il est question de faire montre de fierté nationale -peut-être du fait de sa tradition luthérienne ou encore de la présence d’une importante communauté russophone sur son territoire-, la Lituanie a toujours su exalter ses symboles nationaux.

Quel contraste pourtant d’une année à l’autre, alors que tout laissait présager une nouvelle surenchère de patriotisme! Et pourtant, quelle occasion plus appropriée pouvait se présenter pour faire flotter haut et fort ses couleurs que la commémoration de mille années de référence d’existence?

Alors que les bâtiments officiels de Vilnius se contentaient du minimum de couleurs et malgré la relève hebdomadaire des drapeaux au Palais présidentiel, pratique provisoire instaurée à l’occasion du Millénaire afin de «cultiver les sentiments patriotiques et encourager les Lituaniens ainsi que les hôtes du pays à s'intéresser à l'histoire et la culture de notre pays»[1], Kaunas, considérée comme le «vrai cœur de la Lituanie», notamment par sa «monoethnicité» et son rôle de capitale de transition entre 1920 et 1940, faisait preuve, elle aussi, de sobriété: mâts vides devant certains bâtiments administratifs centraux ou encore devant quelques monuments significatifs de la fierté lituanienne. Pas même de banderoles traversant les artères principales des deux capitales. Certes, quelques discrets logos clignotants annonçaient «Vilnius ’09» (Capitale européenne de la culture) et ornaient certains ponts; les panneaux publicitaires du principal sponsor du Millenium -l’équipementier urbain français JC Decaux- bordaient les routes nationales, mais rien de plus.

Fallait-il mettre cette carence sur le compte de la crise économique ou bien convenait-il de s’intéresser davantage au côté subjectif et intérieur, abandonnant le démonstratif?

En comparant le programme des événements initialement prévus dans le cadre de Vilnius ’09 et ceux qui ont réellement eu lieu (ou auront lieu bientôt), on constate que certains ont tout simplement été sacrifiés sur l’autel de l’austérité économique. Si les manifestations se rattachant à la culture dite classique ont été pour la plupart maintenues, celles que l’on pourrait qualifier de plus «modernes» ou «alternatives» ont subi des coupes drastiques. Selon certains médias, ces suppressions ont touché environ 40% du budget initial[2]. De plus, de nombreuses rumeurs, émanant notamment de Vilnois, font état d’irrégularités quant à l’obtention des subventions et de détournements supposés de fonds. Habitués de longue date à ces pratiques peu orthodoxes, les Lituaniens évoquent un corps politique et financier unique et à ramifications multiples. C’est dire la déception, voire la colère, des Vilnois après les promesses des festivités.

Pour aggraver le tout, l’un des principaux sponsors de Vilnius ’09 et du Millénaire, la compagnie aérienne nationale FlyLaL, qui aurait dû être le principal transporteur des festivités, a fait faillite dans le courant de l’année. Seule exception notable, l’édition spéciale Millénaire de la Lituanie d’une bière produite par une brasserie locale bien connue, Svyturys, a remporté un grand succès.

Même si nombre d’événements ponctuels prévus à l’endroit du Millénaire ont été maintenus, force est de constater le retrait de la population, qui a manifesté une austérité étonnante en regard de son comportement en 2008. Et on comprend certes bien que la majorité des Lituaniens soient aujourd’hui plus préoccupés par la crise économique et la sécurité de leur emploi que par le Millénaire de leur pays ou par les festivités rattachées à Vilnius ’09. Lors de la préparation de ces fêtes, personne n’avait anticipé l’ampleur de la crise économique et financière qui sévit actuellement.

Contre vents et marée, fiers d’être Lituaniens…

Malgré tout, la fierté d’appartenir à cette République reste bien présente dans le cœur des Lituaniens. Même si la conjoncture est venue tempérer les expressions extérieures de patriotisme, les Lituaniens n’en sont pas moins fiers d’être ce qu’ils sont et de se prévaloir de leur héritage historique. Pouvoir parler l’une des plus vieilles langues vernaculaires du continent, avoir été l’un des plus grands Etats d’Europe, avoir défendu celle-ci des invasions provenant de l’Est, avoir résisté contre les Chevaliers teutoniques, combattu pour la survie de l’identité et des traditions païennes, s’être illustrés dans leur lutte pour l’indépendance de l’occupation soviétique… voilà ce qui fait la fierté d’être Lituanien aujourd’hui.

De plus, la Lituanie croit pouvoir se targuer de faire meilleure figure face à la crise que sa proche cousine, la Lettonie, touchée de plein fouet par la récession et l’inflation après s’être illustrée, quelques années, par une croissance économique époustouflante et bien plus rapide.

Afin de ne pas dramatiser, les Lituaniens semblent avoir pris le parti de rire. Comment comprendre autrement l’élection, le 17 novembre 2008, au poste de président du Parlement, du fondateur et leader du Parti pour la Résurrection nationale, Arunas Valinskas. Celui-ci est en effet l’ancien présentateur du «Qui veut gagner des millions?» local et n’a pas hésité, depuis, à promouvoir l’élection en tant que députés de plusieurs vedettes de la télé-réalité lituanienne affiliées à son parti.

Un sentiment national au bel avenir?

Le sentiment national lituanien a fort heureusement survécu aux mesures d’austérité prises à l’endroit des festivités de 2009. Certes, de nombreux Lituaniens sont déçus par les offres proposées par les autorités en regard des attentes nées du battage médiatique précédemment opéré. Mais les Lituaniens restent pragmatiques et rationnels, se préoccupant davantage de leur situation économique que de festivités qui peuvent leur sembler pour l’heure bien futiles. Même s’il y a fort à parier qu’une fois le tumulte économique et financier passé, ils ne pourront que regretter de n’avoir pas eu la possibilité de commémorer cet instant historique comme il se devait.

Dans l’immédiat, l’observateur est enclin à voir peut-être dans leur retenue une preuve que la Lituanie n’a pas -ou plus- besoin de ce type de commémorations pour afficher sa fierté nationale; plus humblement, elle peut se féliciter d’avoir élu au rang de Présidente une personnalité qui, loin de promettre monts et merveilles, s’est engagée à relever la Nation avec austérité et pragmatisme, révélant là une sagesse et un progrès certains.

[1] Chancellerie du Président de la République de Lituanie, http://www.president.lt/fr/linstitution_prsidentielle/la_prsidence.html, dernière consultation le 29 juillet 2009.
[2] Rudolf Hermann, «Leben wie die Cowboys», Neue Zürcher Zeitung (Zürich), 10 août 2009.

Photo: Jean-François Delangre. Pochoir représentant le Président du Parlement lituanien et leader du Parti pour la Résurrection nationale, Arunas Valinskas. Vilnius.

* Etudiant en Science politique, IEE – ULB
 
 
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