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La frontière russo-norvégienne: dégel, fortification ou rééquilibrage?
Par Eric Le Bourhis (Sources: BarentsObserver, site Internet du ministère norvégien de la Défense: www.mil.no)
Les régions situées de part et d’autre de la frontière russo-norvégienne (oblast de Mourmansk et comté de Finnmark) connaissent depuis quelques mois des changements économiques et sécuritaires importants.
Depuis 2007, un certain rapprochement s’est opéré entre les deux régions et la frontière est plus facile à franchir. Signe de cette détente, en décembre 2008, le FSB a rouvert au trafic régulier les villes frontalières fermées depuis 2006 (Petchenga, Nikel et Zapoliarnyi), ouvrant la porte aux investisseurs norvégiens.
Cette nouvelle situation permet en particulier aux Russes de travailler en Norvège et favorise les échanges économiques entre communes et entreprises. Le commerce russo-norvégien augmentait ainsi de 76% durant les 9 premiers mois de 2008 (poissons norvégiens dans un sens et minerais russes dans l'autre).
Par ailleurs plusieurs investisseurs norvégiens seraient prêts à former une zone industrielle et économique transfrontalière, «Pomor», pour stimuler les initiatives liées au gaz et au pétrole ainsi qu'à l'énergie éolienne. En décembre était également passé un accord de coopération entre les deux chambres de commerce régionales.
Toutefois, l’oblast de Mourmansk est depuis les années 1960 une des régions les plus militarisées du monde et le reste malgré la récente réduction drastique des effectifs. Et même si la frontière russo-norvégienne (200km de long) s’affirme comme étant une des plus décontractée de la fédération, la réorganisation des échanges passe aussi, côté norvégien, par le renforcement de la présence militaire et la modernisation de ses installations (nouveaux postes frontières pour réduire le nombre des passages clandestins, rénovation et extension du camp de l’aéroport de Kirkenes d’ici 2016), annoncés par la Norvège au début de ce mois de janvier.
En réalité ces initiatives confirment l’intention annoncée dès 2007 par le ministère norvégien de la Défense de faire du Grand Nord la pièce centrale de son nouveau plan de défense à long terme comprenant le renforcement de toutes les unités (marine, terre et aviation) à la fois en hommes et en armement, sur la côte Barents mais aussi sur la côte Atlantique dans la région de Tromsø. «Nous ne pouvons pas attendre avec certitude une aide des alliés dans les questions qui concernent le Spitzberg ou encore les zones de litiges avec la Russie», affirmait en février 2007 Anne-Grete Strøm-Erichsen, ministre de la Défense, ajoutant que la présence militaire dans le Nord sera «un signal politique important pour la promotion (des) intérêts nationaux à long terme et (des) engagements internationaux» de la Norvège.
En décembre 2008, présentant le budget 2009, la ministre expliquait que les ressources et les défis terrestre et maritime du Grand Nord ainsi que l’ouverture potentielle de nouvelles routes commerciales, qui augmentent les risques dans cette région vulnérable, justifient l’importance de la région dans la politique nationale de sécurité et de défense.
Même s’il «est un peu dangereux de faire un parallèle entre la Géorgie et la Norvège», et si «la Russie ne représente pas une menace pour la Norvège», la crise russo-géorgienne de l’été 2008 constitue un nouvel argument à ce redéploiement militaire présenté comme une réaction au nouveau rôle de la Russie dans les rapports de forces internationaux, permettant le maintien d’une bonne relation de voisinage.
Le 5 janvier, A.-G. Strom-Erichsen expliquait que les tensions entre la Russie et l’Ouest affectaient les relations bilatérales dans le Grand Nord. «Le message est clair lorsque les avions russes longent notre côte». Citant expressément les conséquences de la crise russo-géorgienne, elle précisait: «Je veille à ce que nous ne dramatisions pas cette situation, ni ne la sous-estimions».
Dépêche publiée le 09/01/2009
Zone : Russie
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