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Russie : En République de Carélie, il faut soutenir l’emploi de la langue … russe
Par Eric Le Bourhis (Sources: www.finugor.ru, www.gdf.ru, www.gov.karelia.ru)
Les représentants des principales organisations finno-ougriennes de la République de Carélie demandent l’abandon du projet de la compagnie régionale de télévision et de radio de réduire de 60% le volume de diffusion de Radio Karelii (également nommée Radio Petrozavodsk), principale radio russophone de la République qui émet en russe depuis les années 1920.
Le Congrès Carélien, Nuori Karjala (Jeune Carélie), la Société de la Culture Vepse, l’Union des Finnois d’Ingermanland, entre autres, ont signé un appel aux autorités et au gouverneur, Sergueï Katanandov, leur demandant de faire pression auprès de VGTRK, compagnie fédérale de radio et de télévision, pour stopper cette initiative. Comme l’explique l’un des auteurs de la lettre, Anatolii Grigoriev, président du Congrès Carélien, cette initiative «porte atteinte aux droits constitutionnels des citoyens et porte un tort irréparable à l’atmosphère morale de la République».
L’histoire du statut des langues minoritaires de Carélie a connu plusieurs rebondissements ces vingt dernières années. La Carélie (700.000 habitants environ) présente trois minorités finno-ougriennes «indigènes»: les Caréliens (9%), les Finnois (2%), et les Vepses (1%). Depuis les années 1980, de nombreux mouvements ont plébiscité le renouveau du vepse et du carélien, langues en concurrence avec le russe au cours du 20e siècle (et même le finnois avant la seconde guerre mondiale).
Ces deux langues ont été unifiées récemment sur la base d’alphabets latins (dès les années 1980 selon deux dialectes pour le carélien), alphabets approuvés en 2007 par le gouvernement de la République, à la fois pour permettre leur utilisation sur le Net et dans l’espoir de l’apparition d’un langue littéraire.
Le carélien est ainsi enseigné à l’école depuis la Perestroïka et son emploi est autorisé partiellement depuis les années 1990 dans l’administration. Les années 2000 voient alors se succéder plusieurs demandes de reconnaissance de statuts spécifiques à ces minorités finno-ougriennes, au-delà de la langue: quotas de postes dans le gouvernement de la République, droits spécifiques au contrôle de l’utilisation des ressources du sol… En 2003, le président du Congrès Carélien se plaignait auprès du gouverneur de la russification de la Carélie.
En effet, force est de reconnaître que ces langues sont assez peu pratiquées: en Carélie, seuls la moitié des Caréliens au sens ethnique (65.000 personnes) ne saurait le parler, le vepse étant lui parlé par moins de 5000 personnes.
L’instabilité et la rareté du carélien ont permis au Parlement de Carélie de refuser par deux fois (1996 et 1998) son érection en langue officielle de la République, comme c’est le cas dans les autres Républiques nationales de la fédération. En 2000, une Loi originale et spécifique à la Carélie était enfin votée: le russe est la seule langue officielle mais le carélien, le vepse et le finnois deviennent des langues régionales.
«Limiter l’accès à l’information de la majorité russophone de la République sur les canaux nationaux» risque d’après Grigoriev de créer des conflits ethniques entre les communautés, sans pour autant favoriser la diffusion de la langue carélienne. D’une part, en Carélie, la conviction est assez largement répandue qu’une langue officielle se doit d’être littéraire, fixée et développée. D’autre part, et comme ont pu le refléter les réactions des acteurs locaux représentants des communautés indigènes au projet de développement de la langue carélienne 2008-2020 lancé par les autorités, les revendications des Caréliens portent avant tout sur la diffusion écrite de la langue littéraire.
Dépêche publiée le 11/01/2009
Zone : Russie
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